HISTOIRE DES LOUBATOUS (Document provisoire, en cours d’élaboration)

Armoiries « de gueules au rosier d’argent » de Pierre ROUS, bourgeois de Castelnaudary 1696
 

Une métairie est une exploitation agricole que le propriétaire foncier ne travaille pas directement. Il la loue à un prestataire (un colon ou métayer) avec lequel il partage la récolte par moitié. C’était la forme la plus courante de faire-valoir d’un bien agricole en Occitanie (jusqu’en 1945, date à laquelle ce type de contrat a été progressivement aboli alors que, au Nord de la Loire, c’est le fermage qui domine).

Les propriétaires sont soit des membres de la Noblesse, soit de riches roturiers (négociants, marchands ou homme de loi, souvent de faux-nobles), soit des institutions ecclésiastiques (Couvents, Chapitres, Monastères, Paroisses, Évêchés, etc…)

Le métayage, qui s’inscrit dans une tradition du droit romain s’est développée après l’abolition du servage au 13éme siècle.

Le terroir du Lauragais est ainsi maillé par un réseau dense d’anciennes métairies qui faconnent le cadastre. Cela induit un habitat dispersé.

A côté de ce type de faire-valoir, il existe des petits propriétaires qui mettent en valeur leur bien directement (ménagers) et d’autres, plus petits, qui disposent d’une parcelle insuffisante pour leur assurer un revenu et qui travaillent donc comme journaliers (brassiers) chez des propriétaires plus importants.

1. L’ECHANGE DU 29 OCTOBRE 1708

Le 29 Octobre 1708, au Château de Monsieur Jean-François de FERRAND situé au MAS SAINTES PUELLES, M. DE FERRAND, Conseiller au Parlement de TOULOUSE (Capitoul) et Claude ROUS, Bourgeois de Castelnaudary procèdent à l’échange et permutation suivant :

M. DE FERRAND cède en échange au Sieur Rous une métairie appelée communément Les Loubatous prés les POUNTILS. Elle consiste en terres labourables, prés, pâtures, vigne et bâtiment pour une contenance de deux paires de labourage ou environ (soit 24 hectares environ). Il tenait lui-même cette propriété de Demoiselle Estiennette d’ANDRIEU, décédée au jour de l’échange. Elle est travaillée à mi-fruit par Jean RANCOULE, métayer et laboureur.

Le Sieur ROUS cède en contrepartie à M. de FERRAND tous les biens qu’il possède « dans la communauté du Mas Stes PUELLES », petit village au Sud de Castelnaudary.     

Cela s’inscrit dans le contexte de l’ouverture du CANAL du MIDI, qui stimule le marché du blé, principale production du LAURAGAIS à cette époque.

2. QUI EST CLAUDE-ROUS dit ROUS-SIAM

Claude ROUS est un maître apothicaire de Castelnaudary, né le 3 Septembre 1663. il meurt le 14 Octobre 1732.

Il est issu d’une lignée d’apothicaires de Castelnaudary.

Son père est Guilhaume Rous, maître apothicaire. Son grand-père est Pierre ROUS (1591-1651), maître apothicaire, époux de Germaine de RAYMOND (LASBORDES).

Selon une note de Jean Ramiére de Fortanier (1908-1940) Juriste et Historien) écrite dans les années 30, La famille ROUS est une antique famille originaire de l’ancienne communauté de la VAL (actuellement sur la commune de VILLENEUVE-LA-COMPTAL), communauté à laquelle la famille avait donné son nom (La Val des Rous ou La VAL des Rousses).

En 1272, Bonet et Guillaume ROUS (RUFFUS) prêtent serment à Philippe le Hardi comme consuls de LA VAL, complexe castral décrit au paragraphe suivant.

En 1332 et 1333, Guillaume Rous, fils de Pons, de la Val de Rous, et Bonet Rous, vendirent au Monastère de PROUILHE l.es droits seigneuriaux qu’ils possédaient à Laurac.

La communauté de la VAL de ROUS, située dans les coteaux arides (de la Piége) avait presque entièrement disparu à la Révolution. Sur son territoire, n’existe plus que deux grandes fermes (La Val Haute et La Val Basse).

La Val Haute appartenait au moment de la Révolution à Antoine Rous-Siam I et dans les années 30 à son descendant, Édouard Timbal-Duclaux de Martin, ancien bâtonnier de l’Ordre des Avocats de Toulouse. Elle a été depuis vendue. Un gite rural est actuellement établi à « LAVAL-BASSETTE »

3. Pourquoi ROUS-SIAM ?

Louis XIV et le SIAM : deux expéditions sont organisées par le roi entre 1685 et 1689. Claude ROUS est âgé de 22 à 26 ans. Il est donc possible qu’il ait pu participer à l’une ou l’autre de ses expéditions, ce qui lui aurait valu le surnom de ROUS-SIAM ! Les ROUS sont à cette époque des apothicaires renommés. Ce surnom est transmis à ses descendants, ce qui témoigne du prestige qu’aurait pu lui valoir cette participation à une aventure extraordinaire pour l’époque. Mais cette hypothèse reste à vérifier.

En 1680, la France obtint le monopole du commerce des épices au Siam. Suite à la visite à Versailles du père Bénigne Vachet, prêtre des Missions Étrangères de Paris, et convaincu de ce que le roi du Siam Phra Naï (Narai) pouvait être converti au catholicisme, le roi Louis XIV décida en 1685 d’envoyer une ambassade au Siam, dirigée par le chevalier Alexandre de Chaumont. Avec l’aide du père La Chaise, confesseur du roi, les jésuites français purent adjoindre à l’expédition six jésuites-mathématiciens qui devaient ensuite rejoindre la Chine, et recueillir sur ce pays toutes les observations utiles au commerce, à la politique, aux sciences et à la religion. Le supérieur de ces six jésuites mathématiciens était le père Tachard, originaire d’Angoulême. L’abbé de Choisy participait également à ce voyage en tant qu’historiographe. Il reçut le sacerdoce au Siam.

Ils arrivèrent en septembre 1685 à Lopburi, où le roi les reçut avec les plus grands honneurs. Le père Tachard, désigné pour aller chercher des missionnaires en Europe, rembarqua avec M. de Chaumont et une ambassade siamoise envoyée auprès de Louis XIV par Phra Naï sur les conseils de son principal ministre Constantin Phaulkon.

Le roi de France dépêcha en 1687 une nouvelle ambassade au Siam, commandée par deux Envoyés Extraordinaires, Simon de La Loubère et Céberet du Boullay, à bord de six navires de guerre. Cette ambassade était aussi une expédition militaire, avec 630 militaires commandés par le comte de Forbin. Le futur musicien André Cardinal Destouches (1672-1749) en faisait partie.

L’armée française tint garnison à Bangkok et Mergui jusqu’à ce qu’une révolution lui fasse quitter le pays en 1689.

Ce surnom de ROUS-SIAM fut porté par ses descendants directs (voir § 6) :

Jean-Jacques (1698-1758)

Antoine I (1749-1806)

Antoine II (1783-1862), dernier porteur du nom.

4. Les données du COMPOIX de 1730 (cadastre): position de la métairie.

La métairie des LOUBATOUS est bien identifiée sur le cadastre (compoix) de 1730 : c’est un bâtiment en plancher (c’est-à-dire à étage) de 33 cannes 5 pans (soit 60 m2) dans les mesures de l’époque.

Ce bâtiment est positionné au nord du chemin de la LAURAGAISE (actuellement D28 ou route de la Mandre), à proximité d’un puits et d’une mare…

Mais à cette époque ce chemin passait plus au nord, au-dessus de l’actuel parc des Loubatous.

A titre de comparaison, les terres agricoles actuelles représentent une surface de 65 ha, propriété du GFA des LOUBATOUS. La famille Rous a progressivement augmenté la surface agricole de la métairie jusqu’à 65 ha.

On reconnait cette situation dans la carte de Cassini élaborée avant la création de la grande route vers REVEL et Lavaur.

5. LE DEPLACEMENT DES BATIMENTS DE LA METAIRIE VERS LE SUD

Et à partir de 1771 est créée la route de Castelnaudary à Revel (actuelle D 624) pour améliorer la circulation entre Castelnaudary, Lavaur et Castres (dans le sens NORD/SUD) et faciliter les transports du blé vers le port de Castelnaudary (le GRAND BASSIN actuel). Cette création s’inscrit dans un plan de rénovation du réseau routier du Haut-Languedoc financé par les Etats du Languedoc.

Simultanément, le Diocèse de Saint-Papoul entreprend « la réfection de la Lauragaise » et décide en 1782 de déplacer vers le Sud la portion de route située entre le carrefour de la LAURAGAISE et du chemin de Castelnaudary à Labécéde Lauragais et la nouvelle route de Revel. (tracé jaune sur le plan). Cette rectification est effectuée en 1785. Elle concerne Les Loubatous, Saint-Maurice et la Mandre. voir tracé jaune sur la carte ci-dessus.

Et on voit bien apparaître la date de 1792, sur la facade de la partie la plus ancienne de la métairie. Cette partie a donc pu être batie entre 1785 et 1793, vraisemblablement en réutilisant les matériaux de la premiére métairie, dont il ne reste aucune trace.

6. LES PROPRIETAIRES SUCCESSIFS

7. LE PROPRIETAIRE ACTUEL

Le propriétaire actuel, Jacques MAUBUISSON, fils de Francoise MAUBUISSON, est donc un descendant direct de Claude ROUS-SIAM.